jeudi 31 octobre 2013

VIVE L'EMPIRE

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/vive-l-empire-142950










Les Etats-Unis écoutent absolument tout le monde même leurs alliés, mais personne ne le soupçonnait si l'on se fie aux déclarations de nos dirigeants. On apprend alors que le Royaume-Uni qui abrite la NSA et espionne-t-elle aussi certains alliés européens, minimiseraient le scandale à l'instar de leur partenaire privilégié américain. On apprend aussi que la France collaboraitavec la NSA de manière étroite. In fine, nos dirigeant politique passe pour des clowns et/ou des escrocs puisque c'est leurs services de renseignements qui espionnaient tout le monde et qui ont fournis ces données à la NSA.

Quoi qu'il en découle, pour des Nations alliées, on peut être surpris de ces rapports paranoïaques. Tout le problème est de s'entendre sur ce que l'on comprend par "Alliés " ?
Nous pourrions imaginer en faisant abstraction du dernier siècle que les relations internationales reposent sur un multipartisme égalitaire dans lequel la voie de la France pèserait autant que celle de la Chine ou des Etats-Unis... Soyons sérieux. Nous ne pouvons plus nier la proéminence de l'alliance anglo-saxonne autour de l'axe Londres - Washington. Le Commonwealth prime sur tous les autres partenariats dans lesquels sont engagés l'Angleterre et les Etats-Unis. L'Europe n'est qu'un satellite que Londres surveille comme le lait sur le feu. D'ailleurs, l'Europe est la cible prioritaire de l'espionnage américain.
L'Empire Anglo-saxon est le plus grand empire qui n'ai jamais existé. Ses Alliés sont pour une grosse part des vassaux soumis comme l'Allemagne ou des partenaires éphémères d'intérêts convergents comme la Russie. Les mécaniques de développement économique, social, humain sont prisonnières du cadre érigé et imposé par les Etats-Unis au monde entier. Leur tutelle n'est même pas à interroger, elle est omniprésente dans le quotidien de chacun, depuis Wall Street jusqu'au prix de la baguette à Bruxelles. Je ne suis pas le dernier à fustiger le comportement de la Nouvelle Rome, pour dénoncer l'impact qu'a sur notre société l'importation du modèle social et économique d'outre-Atlantique ou pour implorer nos médias de cesser la diffusion frénétique de toutes ces séries policières américaines. Pourtant, je suis pour que cet empire ne cesse jamais d'exister. J'espère même qu'il aboutira son tour du monde. Vive l'Empire !
Vive l'Empire car d'aussi loin que l'histoire remonte, il y eut des conflits parfois génocidaires pour une hégémonie régionale, nationale ou internationale. Cette histoire que la guerre jalonne ne connait pas de fin, car il n'y a jamais eu jusque-là de vainqueur décisif. Aujourd'hui, ce vainqueur potentiel existe : les Etats-Unis d'Amérique avec la Reine-mère du Commonwealth peuvent prétendre dominer le monde pour le siècle avenir au moins. Pourquoi, alors, ne passerions-nous pas à la prochaine étape dans l'histoire de l'humanité ? En effet, cela fait 2 millions d'années que l'on s'entretue pour être plus fort que le voisin. Si on habite avec le voisin, sur la planète terre, on devient aussi fort que lui. La Gaule devint Rome et elle en fut heureuse et grandie. L'Europe est un projet américain suite à leur invasion à la fin de la guerre. Nous intégrons l'Empire. Il est normal qu'ils cherchent à nous espionner, qu'ils dictent leur politique aux Étais et qu'ils dirigent les instances européennes dont la BCE. Ils ne vont pas nous lâcher la green card sans un contrôle absolu de tous les citoyens comme aux Etats-Unis. Le Patriot Act nous était aussi destiné. C'est le prix à payer pour cette relation privilégiée avec Rome.

Pour autant, je ne cautionne bien évidemment aucun de ces procédés qui consiste à contrôler tous ses citoyens, mais aujourd'hui, il est une réalité qu'il est difficile de nier, l'État est omniscient. Mais je dirais que tant qu'à choisir un Empire hégémonique, je choisis l'empire Américain. C'est vrai qu'actuellement, le choix n'est pas terrible... L'empire Russe ? Je n'aimerais pas le goulag et j'aime trop brailler pour me taire. L'Empire Chinois ? Travaillé 12H par jour pour vivre dans une cabane, je préfère retourner dans la savane. L'Empire Arabe ? J'aime trop les Femmes et j'aime trop la Liberté, J'aime bien vivre avec les deux, ensemble. Alors bon se faire écouter par les Ricains... Bien sur, je caricature, mais ce que je veux dire, c'est qu'au moins dans l'empire américain, je me sens libre. Libre de penser, libre de vivre autrement, libre de me résigner, libre de me révolter. L'Empire Américain n'est pas et ne deviendra pas un empire barbare ou tyrannique. Ses faits d'armes principaux sont d'exploiter les ressources de partout dans le monde, en faisant la guerre s'il le faut, en espionnant tout le monde, tout le temps assurément. Mais en présence des forces actuelles, je ne vois guère d'autre possibilité outre ces trois ogres militaires, économiques et culturels pour s'imposer au monde et ainsi avoir peut-être une chance de lui offrir une stabilité synonyme de paix. Certains me diront l'Europe... Soyons sérieux.
Je crois en une paix possible et durable grâce à l'Hégémonie durable d'un empire. Je ne crois pas que d'autres chemins aient été possibles pour l'homme. Or je ne crois pas un seul instant qu'un empire Russe, Chinois ou Arabe soit souhaitable pour un plus grand nombre d'entre nous, pour notre liberté. Avec les Etats-Unis, même si de nombreuses guerres menées ces dernières années sont des guerres colonialistes donc illégitimes, nous pouvons tout de même affirmer qu'à l'échelle du monde, il y a moins de morts par la guerre depuis l'avènement des Etats-Unis si l'on regarde sur la durée, c'est-à-dire depuis la seconde moitié du 20e siècle. Il suffit de s'en référer aux données démographiques pour s'en convaincre. Nous sommes 7 Milliards et les perspectives annoncent 12 Milliards d'ici la fin du siècle.
D'ailleurs, dans la plupart des cas les Etats-Unis établissent avant tout un lien commercial avec leurs vassaux. Une fois le conflit créer, consommé et réglé, avec bien sur les quelques milliers de morts et la barbarie de circonstance, l'Empire n'occupe pas le territoire conquis. Il y installe des bases militaires, des industries, des hommes à lui et il s'en va. Il n'a pas besoin d'imposer son jean, son coca ou son burger : la propagande télévisuelle est la plus puissante jamais inventée. Les peuples exigent sa culture et la consomment allègrement. L'american way of life est le rêve de millions de gamins partout dans le monde. Des enfants Bangladais rêvent de Mickaël Jordan, de guerres des étoiles, de Lady Gaga et de Walt Disney. L'anglais est en passe de devenir la langue de l'humanité. Les Etats-Unis n'ont pas eu besoin de s'installer en Europe pour créer une annexe de leur empire après la Seconde Guerre mondiale. Ils ont financé les pays vaincus, mais aussi les soi-disant vainqueurs, ils ont créé les banques, frappé les monnaies, reconstruit les routes et les industries et se sont instiguer jusqu'au dernier niveau hiérarchique des instances qui gouvernent nos États et nomment nos dirigeants. Ils sont nos créanciers et nos donneurs d'ordre. Ils nous conseillent, ils nous notent, nous mettent en concurrence... Ils nous gouvernent. Alors bien évidemment qu'ils nous écoutent au même titre que tous les citoyens américains. Nous pouvons être choqués, révulsés, révoltés...
Mais dans le même temps, nous profitons pleinement de leur hégémonie et de leur modèle économique. Le taylorisme, ce productivisme qui fait de l'humain un vulgaire bétail, a permis en rationalisant la révolution industrielle de produire assez de richesses pour que tous les humains mangent à leur faim ce qui n'était pas acquis en Europe jusqu'au début du XXe siècle. Une part importante de la population européenne vit dans un confort qui n'était pas imaginable au XIXe siècle même pour les classes quelque peu aisées. Le capitalisme que l'on dénonce parfois légitimement, nous permet à nous, citoyens européens de vivre dans des conditions confortables au regard de ce que nos aïeux ont connus jusqu'à l'émergence de ce mode de production de richesses. Toutes les innovations réalisées depuis la première révolution industrielle l'ont été dans cette démarche capitalistique et industrielle. Notre confort émane de ces innovations et de ce mode de production. Alors bien sur, nous entrevoyons les limites du productivisme, d'autant plus qu'il n'est plus nécessaire de produire autant au regard de nos déchets et du caractère limité des ressources naturelles. Pour autant, ne jetons pas tous aux enfers, ce productivisme a dans un passé très proche répondu à un problème grave qui remontait à la nuit des temps : produire assez pour tout le monde durablement.

Bien évidemment, le modèle américain doit évoluer, car sinon il risque de voir la contestation s'agglomérer et son hégémonie contestée. Cela serait dommageable pour tout le monde, car il s'en suivrait une instabilité internationale de mauvais augure pour la paix. Cela serait d'autant plus dommage que nous, européens pourrions jouir pleinement de cette fusion transatlantique. L'hypocrisie de nos dirigeants européens pousse ceux-ci à la négation de cette tutelle américaine. Cela est une mauvaise stratégie. Ni la France, ni l'Italie et encore moins l'Allemagne ne peuvent se passer du tuteur Américain. Nos dirigeants le savent, mais, nous prenant pour des veaux, ils nous expliquent qu'ils sont partis prenants dans les discussions. C'est comique de voir Hollande invectivé Obama. C'est une erreur stratégique de la part de nos dirigeants, Hollande et Merkel en première ligne. Nous devrions reconnaître et assumé cette hégémonie auprès des peuples, alors nous pourrions donner corps à ce mirage que sont les instances internationales pour influencer le comportement des Etats-Unis. Nous serions tous Américains ! Cet Empire tant contesté a eu la bonne idée de recouvrir son hégémonie de l'image de la démocratie et du multipartisme. ONU, FMI, OMC OMS... De magnifiques instances internationales ont vu le jour sous l'impulsion des Etats-Unis. Il y a pire comme empire. Le problème est qu'aujourd'hui ces instances ne sont là que pour légitimer l'impérialisme américain. C'est là que nous sommes faibles et manquons d'audace. Est-ce la tyrannie des Etats-unis qui est responsable de nos problèmes ou la lâcheté et l'incompétence de nos dirigeants européens, incapable d'imaginer les modalités d'une collaboration fructueuse pour tous.
La Gaule devint Rome. Mais Rome devint aussi gauloise. Après avoir prêté allégeance à Caesar, les Gaulois vendirent leur savoir-faire et Rome se parfuma de gauloiseries. Le problème n'est-il pas là ? Nos élites européennes sont toutes gagas devant les States. Pour beaucoup de nos soi-disant élites, l'Amérique, c'est l'eldorado, le pays de la liberté. Cette adoration inhibe toutes possibilités d'initiatives intellectuelles pour remettre en cause certains dogmes économique ou géostratégique de l'Empire. Si vous tenez compte en outre des intéressements qui savent si bien endormir toutes velléités d'esprit, vous comprenez que nos gouvernants soient plutôt dociles et acceptent ainsi de nous faire subir les dernières tendances à Wall Street en nous expliquant que c'est la nouvelle concurrence mondiale qui fait que les propriétaires français ont quadruplé les loyers depuis 10 ans ainsi que l'afflux d'immigrés et de Roms qui occupent les logements à la place des Français.
La réalité, c'est qu'aujourd'hui personne en Europe n'a l'audace de générer une dynamique paneuropéenne pour créer une identité européenne, une économie européenne, une industrie européenne qui profiterait aussi bien à l'Europe et à l'Empire Anglo-saxon. Ils se sont mis en tête de faire de la pédagogie avec le peuple pour bêtement importer le modèle économique et social Américain en reniant notre histoire, nos modes de vie, les spécificités régionales. Les Etats-Unis n'ont jamais contraint les pays européens à adopter la ruée vers l'or comme mode de vie. Ils n'ont pas contraint nos dirigeant à appliquer le modèle de Friedman qui a amené la crise et l'austérité comme politique de gouvernement. Ce sont nos dirigeants qui nous vendent en nous mentant ce modèle productiviste avec dans l'idée de se construire un joli patrimoine à eux et à leurs amis investisseurs en rentabilisant les populations européennes. D'ailleurs, certains pays européens n'ont pas cédé aux sirènes de Wall Street. L'Islande est en train de démontrer que l'on peut sortir de cette tutelle sans se fâcher avec l'Empire. C'est là qu'une frayeur surgit : quels seront les termes des négociations pour le traité transatlantique ? Nos dirigeants vont-ils feindre de moufeter ou vont-ils comme d'habitude fanfaronner avant de se faire moucher ? Vont-ils encore une fois accepter des conditions qui vont à l'encontre de nos intérêts en nous expliquant que c'est à cause de la mondialisation, de l'émergence de la Chine et du Brésil ? Quand on voit comment nos dirigeants européens se font balader par le Royaume-Uni dans toutes les négociations...

Alors, si nous souhaitons faire vivre les libertés individuelles et collectives en France et en Europe, la seule solution envisageable serait d'arrêter de feindre notre indépendance et ainsi d'intégrer pleinement l'empire pour mieux l'influencer. Le Gaulois devint Caesar, nous sommes tout Américains ! Si nous souhaitons mettre une touche d'humanité dans ce quotidien qui nous réduit à du bétail, soyons créatifs, faisons preuve d'imagination pour que les Américains aient envie de redécouvrir leur racine culturelle dans cette vieille Europe qui aujourd'hui se renie. Vive l'empire, Vive le Mac do ! À nous de leur faire goûter nos mets culinaires, d'éduquer leurs papilles ! Vive l'empire, Vive le capitalisme ! À nous de leur susurrer que le productivisme pourrait aussi permettre de libérer du temps pour s'épanouir, se cultiver, se réunir, jouir de sa famille et faire des projets ! Vive l'empire, Vive la justice ! À nous de leur expliquer que le vivre ensemble ne peut reposer sur le port d'armes, mais sur une justice sociale qui fasse que chacun puisse trouver sa place. Vive l'empire, Vive la liberté ! À nous de leur faire comprendre que même si le rôle de l'État est de protéger les citoyens, la liberté des uns s'arrêtant là où commence celle des autres, la liberté de tous commence là où s'arrête le populisme. Les libertés individuelles ne sont pas négociables ou sujettes à interprétation : on n'espionne pas ses citoyens dans une réelle démocratie même sous couvert de la sécurité.

Mais dites, moi, nos gouvernants européens respectifs n'écoutent-ils pas tous leurs citoyens à l'instar des Etats-Unis ? N'écoutent-ils pas aussi de nombreux États, dirigeants politique et industriels partout dans le monde où se trouve des intérêts ? Il ne s'agit peut-être finalement que d'un problème de puissance d'écoute, de concurrence technologique et les Américains sont encore une fois les plus forts. Zut alors, encore perdu. Il serait peut-être temps pour nos dirigeants européens d'arrêter de jouer aux tartuffes auprès de leurs peuples et de se réunir, Europe et Etats-Unis, pour voir comment on pourrait construire un monde meilleur. L'empire américain a donné un sens au mot humanité. À chaque instant, chacun de nous peut compatir avec Aung San Suu Kyi, avec les victimes du Tsunami. Chacun d'entre nous a une idée sur le conflit Israélo-Palestinien, l'humanité discute, débat à propos du conflit Tchétchène.

Une fois l'hégémonie de l'empire Américain reconnue de tous, une fois l'océan atlantique redevenu le champ des partages sans sournoiseries, que fait-on de cet empire ? Comment lui construire une légitimité internationale ? Comment éviter l'écueil de l'impérialisme nécessairement éphémère ? Comment faire en sorte que cet empire soit bienveiillant envers les populations sans les enfermer dans une tutelle étrangère ?

Commençons donc par nous unir et nous réunir pour aborder les vrais débats et construire de vrais projets d'avenir. Nous sommes tous américains ! Vive l'Amérique ! Vive l'Empire !